jeudi 22 novembre 2012

SACRÉ ET PAIËN

SACRÉ ET PAIËN

Après l'éprouvante journée de route de hier nous avons dormi comme des bûches. Jeux de mot facile de collégien attardé alors que nous nous apprêtons à arpenter les ghats où sont réalisés le rituel de crémation sur des bûchers.
Six heures trente, nous prenons une petite barque sur la rive du Gange, au pied de l'escalier de la façade de notre hôtel. Le batelier, un vieux monsieur aux traits profonds, nous offre ses services pour 300 roupies, je fais trois pas en m'éloignant le temps nécessaire pour qu'il propose 200 roupies. Notre descente sur le Gange est paisible, calme. Le soleil levant illumine tranquillement les ghats et les bâtiments. Il nous réchauffe lentement. Des personnes font leur purification dans les eaux sacrés à travers les fleurs-offrande qui dérivent à la surface. Il y a bien quelques papiers et sacs de plastiques çà et là, des traces de ce qui nous semble des résidus de cendre, mais rien de Dantesque. La vue des amas de bois destinés aux bûchers et les cendres encore fumantes de la veille appel au respect. Les ghats se succèdent sur une très grande longueur, quelques kilomètres. Des temples, des prêtres, des contemplatifs, des scènes de gens se lavant, lavants leur linge se succèdent. Une certaine solennité se dégage de l'ensemble. Nous débarquons, je remets les 200 roupies promis, plus 100. Nous sommes satisfaits, il est content. Bonne journée en vue.
Huit heures trente, petit déjeuner sur un toit qui surplombe le grand fleuve. Les deux rives s'agitent. Beaucoup, beaucoup de barques. Des groupes, des familles. Certaines allant porter au centre du courant les cendres brulèes la veille dans un cérémonial que nous ne comprenons pas bien. Les flots qui acceuillent la mort sont très vivants.
Terre de découverte, terre d'émotion, sont deux mots décrivant bien cette face du Pays.
Promenade sur les ghats et dans les ruelles si étroites qu'on ne peut y marcher côté à côté. Un labyrinthe aux nombreux commerces aussi large et profonds que leur minuscule porte. Cuisson d'aliments, tissus, artisanats, babioles, articles de première nécessité, tout s'y trouve. Un détour, un impasse, retour, hop à gauche, un singe recouvert d'un linceuil brodé est étendu là devant des bâtons d'encens fumant. Il a été terrassé par les fils électrique. Ce soir il sera confié au Gange. Nul besoin de l'incinérer, les animaux sont purs, les singes l'incarnation d'Hanuman, fils guerrier de Shiva, un dieu partout vénéré.
Retour sur les ghats. Les tissus multicolores des saris, les nappes les draps de certains hôtels, les uniformes sont étendus pour sécher à même le sol. À proximité, une famille verse l'eau du Gange sur le reste des cendres du bûcher qu'ils ont vénéré. Des vendeurs de cartes postales nous abordent. Un Brahami préside une Puja avec une famille receuillie. Des enfants jouent à la bite à moineaux, d'autre font voler des cerf-volant pendant que leurs aînés jouent aux cartes en attente d'un prochain client pour un massage ou un tour de barque.
Sacré et Paiën se mélangent sans pudeur.


Robert et Pauline
Envoyé du Ipod de Pauline

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