vendredi 23 novembre 2012

JE N'AURAI PAS LE TEMPS

JE N'AURAI PAS LE TEMPS

Vendredi matin 23 novembre 05h30, comme hier matin et probablement comme à chaque matin, le bruit des pas dans la ruelle parviennent à notre fenêtre entre-ouverte. Bruits de chaînes d'un cadenas qu'on déverrouille, lourde porte d'acier qui se déplace sur ses gonds rouillés et termine sa course sur un dur mur de pierre. Un lourd marteau suspendu vient frapper l'intérieur d'une cloche de bronze à plusieurs reprises, remplissant l'espace de sonorité qui annonce le début de la prière. Les incantations mélodieuses de la voix d'un homme parviennent à nos oreilles. Les occasionnels coups de gong retentissent dans l'air avec l'espoir qu'ils parviennent à ses Dieux. Bonheur, prospérité, santé, vie meilleur au Nirvana, font assurément parties des souhaits qu'il exprime en rendant grâce à ses Divinités.
Ainsi débute cette journée qui est notre dernière dans la ville sainte. Nous nous dirigeons vers Lucknow, ville étape sur le chemin qui nous ramène à Delhi.
Comme il fait si attendre rien n'arrive comme on croit en Inde, rien comme on pense l'avoir planifié. La planification, un mot, une mode si ancrée dans notre culture et, si loin des habitudes des gens du Pays. Pas l'anarchie, juste un désordre qui suit le courant de la vie ... de la mort peut-être.
Après une balade dans les ruelles, sac à dos chargé et valises suivant docilement à l'arrière sur ses roulettes qui espèrent que j'éviterai les bousses que les vaches ont semées durant la nuit nous parvenons à un artère plus large, non pas sans avoir eu à tasser délicatement un bovidé sacré qui obstrue le passage.
Les chauffeurs de RickShaw se ruent sur nous espérant tous obtenir leur première course de la journée qui leur permettra de payer la location quotidienne de leur monture à trois roues. Petit, conçu pour deux passagers qui s'aiment fort, fort nous montons sur le siège alors que le "Pédaleur" empile les bagages sur nos genoux. À peine un demi kilomètre à parcourir avant de joindre l'intersection ou doit nous rejoindre notre chauffeur. Déjà la rue est bondée. À l'intersection pas de voiture, une procession procède, je veux dire défile. Le pédaleur sait où aller??? Ils savent toujours ici, même quand ils ne savent rien. Prochaine intersection, je lui intime l'ordre de revenir au point convenu, retour, rien, il repart de plus belle, prochaine intersection, je vous ai dit retour au point convenu, d'accord. Débarquer moi ici, je me débrouillerai. Voilà cinquante roupies. Non, c'est cent, cinquante chacun, les autres personnes présentes s'en mènent. Donnez lui cent, il a tourné en rond pour vous. Cinquante c'est correcte. Non monsieur, cent, c'est pas un prix de touriste çà. Pendant ce temps Pauline observe l'intersection, c'est notre voiture là, le chauffeur ne nous a pas vu, il va s'éloigner, aucune place pour s'immobiliser. Le pédaleur de RickShaw devient subitement coureur, probablement un lointain cousin de Bruny Surin ou Ben Jonhson. Il rattrape la voiture. Tu mérites bien ton cent roupies. Bonne journée.
Nous quittons Varanasi en apercevant un cortège identique à celui qui nous avait accueillie. Huit hommes marchant côté à côté par deux portant sur leur épaule une longue tige de bambou reliée par une toile tendue qui soutien un linceul enveloppant un corps. Le linceul est jaune, signe que c'est le corps d'une personne âgée.
Nous quittons cet univers si différent du notre que nous ne comprendrons jamais tout ce qu'on a vue, sentie. ressentie et entendue. Mais tous ces émotions font maintenant partie de notre bagage experientiel qui s'enrichi jour après jour dans ce si grand univers que même en courant plus vite que le temps, je n'aurai pas le temps, je n'aurai pas le temps.
Sur la route, arrêt pour un plein d'essence. C'est aussi l'occasion de se procurer une nouvelle bouteille d'eau. Le préposé me l'offre, tout droit sortie du réfrigérateur. L'Inde est envahi par ces, je n'ose pas chiffrer le nombre de milliards, bouteilles d'eau imputrescibles, quasi éternelles dans l'environnement. Elles n'atteigneront jamais le Nirvana. Celle qu'on me présente, avec son sceau de sécurité bien en place, a une limpidité de politicien, un peu trouble, pas trop clair. L'anarque est connue. Le travail d'anarqueur bien fait. Les traces de colle chaude qui fixent le sceau pour lui offrir une deuxième vie décelable pour mon œil de Sherlock Homes que.j'ai cultivé lors de notre passage à Londres. Sage déduction Watson.
Un second arrêt pour le repas du midi. Nous sommes vraiment dans une zone hors des circuits touristique. Les affichages, les inscriptions de toute sorte ne sont présentés que dans l'alphabet Hindi. Pauline commande le repas à partir de ce menu griffoné de signes totalement inconnus à nos yeux. Que c'est bon. Délicieux, appétissant, plein de fraîcheur et de saveur délicate. Un bon café très fort termine le repas servi dans un petit verre en terre cuite qui de toute évidence est fait main. L'usage est de briser le verre au sol après utilisation.
Ploc! Les débris de mon verre rejoint les autres. Une belle petite halte avant de joindre notre destination du jour.
Nous arrivons à Lucknow à l'heure où les fidèles de cette ville de trois millions d'habitants Musulman convergent vers la mosquée. Il y a fête en ville. Nous allons visiter le Bara Imambara. C'est le tombeau d'un saint chiite très vénéré. Une des particularité du bâtiment est qu'il est construit en un labyrinthe comportant 489 portes identiques qui se croissent et décroissent sur plusieurs niveau. Certain couloirs sans éclairage, sans issue. Les guides à la porte d'accès nous garantissent que nous n'en ressortirons pas seul. Ils rigolent après que nous aillons refusé leur service. Promenade dans le dédale. Quelques moments de confusions, deux ou trois cul de sac, des couloirs dans la noirceur....illuminés par ma lampe frontale dont je m'étais prémunis, nous voilà à la sortie après une agréable visite.
Il nous faut maintenant se rendre à l'hôtel. Vous souvenez vous, 3 millions d'habitants et une fête. Je m'étais trompé, c'est bien la population de la ville mais c'est fête au "Village". Il y a sûrement un autre 3 millions de personnes vivant aux alentours qui sont venues se joindre à la gang. Je crois qu'ils ont tous convergé autour de notre auto.
N'essayez pas d'imaginer une congestion semblable. Des hommes déploient une grande banderole. Sur fonds rouge vif des slogans: Live like Ali, Die like Hussein. Accompagné d'un gros plan du visage de Sadam que nous ne trouvons pas rassurant. Et notre chauffeur qui a presque la main "paralysée" sur le Klaxon. Peut-etre que nous sommes encore dans le labyrinthe sans le savoir. Çà expliquerait le sourire en coins des sbires de l'entré. Non nous sommes réellement dans la rue même s'il serait bon d'être ailleurs. Nous ne souhaitons pas vraiment que l'attention de tourne vers notre teint pâle de Nord-Américain en ce moment.
Aurons- nous le temps d'arriver à l'hôtel en moins de cent ans. ...pas le temps.. pas le temps que je chantonne d'une voix chevrotante en gardant près de moi la pine représentant le drapeau Cansdien. Il y a de ces rsres moment que "We are pround to be a Canadian".
Finalement notre premier cinq étoiles du voyage. Une bonne douche, un bon repas du soir avec desserts exquis. Hop dodo, l'âme en paix et encore plus vivants que jamais.


Robert et Pauline
Envoyé du Ipod de Pauline

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